Sirène un jour, si reine toujours
Superficiel artifice de la beauté
Tu te pares de tes plus beaux atours
Et mènes avec malice l’amour par le bout du nez
Au delà de la barrière de corail
En ondulant tes nageoires au soleil couchant
Remue les écueuils et les écailles
Qui parsèment ton corps brillant
Tu déclenches l’alarme sans dire un mot
Petite crevette aux airs de midinette
Tu vagues à l’âme au fond de l’eau
Sirène, belle de jour, mi-reine mi-vautour
Au fond de l’océan elle cherche à l’attirer
Et déchaîne la tempête aux alentours
Epuisée par le mythe de la belle écervelée
Elle déroule sa langue et salive les flots
Engloutit les hommes aux yeux pleins de désirs
Navigue et tangue jusqu’à la rive hors de l’eau
Car de son corps en somme nul ne goûtera les plaisirs
Elle les endort et les roule cul par-dessus tête
Par-dessus bord d’un tour de chant malhonnête
Elle leur fait perdre la raison, la femme poisson
Avec tes doigts, écris-moi mon corps
D’une épileptique esquisse, traces-en les contours
Rebondis qui coulent sous tes mains agiles
N’oublie aucun de ses recoins, attarde-toi
Dessine à brûle-pourpoint de chacune de tes mains
L’espace de cette peau en suspens qui t’attend
Arrondis mes courbes comme une belle entrée en matière
Et trace les yeux fermés mon corps dans le décor
Avec mes mains, j’écrirai ton corps
Je reproduirai le grain de ta peau du bout de mon pinceau
Fluide, je me laisserai glisser le long de tes côtés
Pour que ton dessein s’accorde au mien
Mon fusain piquera ta curiosité d’un geste à peine déguisé
Et j’effleurerai tes lignes comme un signe
De ta faiblesse qui se dessine sous mes doigts
Encrée du sillage que je laisse sur toi
Je suis prête à t’affronter, effronté.
Tu tapes le premier, je n’arrive pas à esquiver
Ton terrain miné m’attire mine de rien
Tes filets tressés s’enroulent autour de mes poignets
Tes poings dansent et lancent des flammes
Avec un seul coup tu me colles des bleus à l’âme
Je n’ai pas le temps de me défendre
Je suis déjà réduite en cendre
Tu as gagné le premier round, effronté,
Mais la guerre est déclarée
Un sourire au lèvre, tu me nargues
Et me cries : « Pas de repos pour les braves »
Tu vas chercher dans les bas-fond de la bassesse
Ton venin insidieux que tu m’injectes
Pour me paralyser, pour me neutraliser
J’appelle les secours, le centre anti-poison
Tant bien que mal je suis sur la voie de la guérison
Tu cherches à m étourdir avec tes tours de passe-passe
Mon corps est en train de souffrir, je me sens lasse
Je puise en moi la force qu’il me reste
Et te portes à l’abdomen un coup de maître
Je contre-attaque pour que tu craques
Je cogne et tu baignes dans ton sang
Je te l’avais déjà dit : ce n’est pas gagné
A terre, c’est à toi d’avoir mal, effronté
Tu es déclaré vaincu, la machine sonne la fin
Mort d’avoir combattu, tel était ton destin
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